Plus jamais je n'oublierai son nom

par roqueeva  -  31 Janvier 2014, 12:18  -  #Jazz

Plus jamais je n'oublierai son nom

Sa voix avait accroché mon oreille.
Son nom m'était totalement inconnu.
Ça arrive.
Je ne sais pas pourquoi.

Impossible de dire qui était Krystel Warren. Impossible de vous dire que cette chanson que je fredonne pourtant depuis des mois était son œuvre avec la complicité d'un pianiste belge qui a trouvé sa place dans mon Panthéon des jazzmen d'aujourd'hui, Eric Légnini.


Jusqu'à ce mercredi soir.
Duc des Lombards. 22h30.
Elle est entrée sur scène. Krystle Warren.
Un petit bout de femme, au visage à la Nina Simone.
Smoking un peu trop grand pour son corps frêle.
Quelques bijoux.
Des mains que l'on imagine pleine de force.

Et puis sa voix.
Une décharge.
Un truc qui touche à l'âme.
Une voix grave. Une tessiture, une portée...
Un uppercut au cœur. Et au corps.

Une voix puissante et pure pour un voyage dans un ailleurs que je vénère.

Cet ailleurs coloré de la terre rouge du continent africain. Ou les pieds, ancrés dans le sol poussiéreux, battent le rythme. Et le monde.

De sa gestuelle hachée, elle enveloppait l'air. Se l'appropriait.
Les yeux fermés et ses notes qui résonnent comme une imploration.
À l'orgue Hammond, Eric Légnini sourit. Concentré. Connecté avec elle. Ailleurs aussi. Dans son ailleurs à lui.


Oui, j'ai senti cette larme dans le coin de mon œil.
Prête à couler.
Cette larme que vous ne pouvez retenir.
Sans doute parce qu'elle vient de trop loin. Chargée de sens.
Et cette émotion qui envahit, qui chavire.

Génératrice d'un plaisir intense auquel nous accorderions volontiers une prolongation.

Sauf que le temps a passé. Trop vite. Fulgurant.
Il était minuit.
Princesse Krystle s'en est allée. Pas sa voix.

Une résonance intérieure. 
Et un coup de foudre dans mon univers jazzistique.