La vie des autres

par roqueeva  -  20 Avril 2014, 08:41

(Photo AFP)

(Photo AFP)

Samedi, 19 avril, 11 heures.

Flash Info.

Et une voix sortie de la radio annonçant la libération de Didier François, Edouard Elias, Pierre Torres et Nicolas Hénin. Un immense sourire qui envahit le visage. Et une larme. Un flot d'émotion. Comme celui qui m'avait envahi un soir d'hiver aux Folies Bergères pour un concert de soutien aux quatre journalistes.

Réflexe corporatiste ? Emotion trop facile ? Empathie exacerbée ?

Comment expliquer cette émotion pour des hommes que je ne connais pas. Je ne suis même pas sûre d'avoir croisé Didier François dans les couloirs d'Europe 1. L'enlèvement de Florence Aubenas en 2005 avait provoqué un sentiment comparable.

Difficile de prôner un corporatisme excessif. Je serai bien malhonnête de comparer le métier des ces reporters avec le mien. Même si nous défendons, sans doute, des valeurs communes, partageons une passion pour cette profession, et prônons la Liberté comme un principe fondamental.

Emotive ? Oui. Quand Nicolas Hénin embrasse ses enfants. Touchée en plein coeur.

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Et parce que les mots ont un sens, j'ai cherché. Ce mot, celui qui tenterait d'expliquer cette émotion partagée face à des "inconnus". Plonger son nez dans le dico, essayer de comprendre.

L'empathie ? Pas vraiment. L'empathie repose sur cette capacité que nous avons à se mettre à la place de l'autre. A comprendre ce qu'il ou elle vit de l'intérieur. Or, impossible d'imaginer ce que peut être la détention, la peur, l'incertitude permanente. Sans parler des conditions au quotidien.

De la compassion ?  Toujours pas. Cela renverrait à une forme de pitié à laquelle je n'adhère pas.

Je crois plutôt que cela relève du soulagement. Comme si une histoire se terminait. Avec une happy end que nous espérions. Parce que tout à coup, nos histoires individuelles disparaissent pour une histoire plus collective dopée d'admiration pour ces hommes qui n'en finissent pas de se battre pour nous. Parce que la vie des autres construit la nôtre.

 

Ce matin, je regardais le sourire de Didier François. J'entendais son rire. J'écoutais ses mots. Admiration. Et respect.

C'est ça.

Du respect.

 

Depuis hier, je pense aussi, avec une intensité particulière, aux deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tués au Mali, le 2 novembre 2013.

Guillaume 22/04/2014 09:19

Je suis tout à fait d'accord avec ces sentiments Eva, du RESPECT, voilà le truc !!
Et je suis d'accord aussi avec Garance, au départ, vouloir absolument voir ce retour tant attendu, cela peut paraitre voyeuriste, mais bon, la nature humaine est ainsi faite et là au moins, ce fut pour une bonne et grande émotion.
Eva...j'adore toujours autant ton écriture !

Eva 22/04/2014 09:28

Merci Guillaume !

Garance 20/04/2014 15:00

Hier j'ai vu une notification sur mon téléphone et j'ai poussé le son de la radio. Et j'avais envie de le dire à tout le monde. Hé ils sont libres. Qui ?? Bah les otages. Quoi tu n'as pas entendu. Mais c'est énorme....
Et ce matin je ne voulais pas raté leur retour.... Entre chaînes d'info en continue, Europe1 et son édition spéciale et forcément les tweets des personnes sur place...
Et j'avais l'impression que je n'étais pas logique. J'avais l'impression d'être voyeuriste. Est-ce que ce n'était pas déplacé de vouloir voir leur retour, partager une émotion que je ne pouvais pas du tout comprendre. Les regarder avec

Eva 20/04/2014 15:05

Merci ma Garance...

Garance 20/04/2014 15:04

Leur HUMANITÉ...
Quelle claque. Quel respect... Et maintenant belle liberté à eux.
Et qu'ils en profitent comme nous ne serions pas capable d'en profiter.

Garance 20/04/2014 15:03

Leurs proches alors que des semaines avant j'ignorais leur existence. Mais pas leur travail.
Non leur travail c'est le leur et ceux de leurs confrères. Ceux que je lis, j'écoute, je vois tous les jours. Ceux qui mettent leur vie en danger pour nous informer (souvent dans un sujet de 1,30 min.... 300 jours de captivité parce qu'ils tournaient un flash info ?? Pour 3 pages que j'allais lire dans un magazine entre deux pages de pub pour une multinationale ??? La vie est étrange....)
Et ce matin j'ai pleuré. Pleuré face à leur courage. Leur professionnalisme. Leur sang froid...