L'homme et les arbres

par roqueeva  -  19 Juin 2014, 16:10  -  #Brésil

L'homme et les arbres

L'écriture a ceci de particulier qu'elle relève de l'Autre une part inconnue. Un bout de vous que je ne connaissais pas. Que nous ne connaissions pas. 

Il y a parfois ce que l'on devine. Une part d'émotivité cachée derrière de grands rires. Une sensibilité exacerbée planquée derrière un caractère provocateur. Mais les mots ont une force insoupçonnée. Ils dévoilent une partie de l'âme.

D'âme il en est question dans ce qui suit.

L'auteur s'appelle Jérôme Patte. Les fidèles du blog et des réseaux sociaux savent de quoi est capable le garçon. Ironique ? Sarcastique ? Drôle ? Provocateur ? Bienveillant ? Intelligent ? Malin ? 

Cochez le mot qui vous semble le plus juste. Je garde mon (mes) choix pour moi. 

Je m'attendais à un papier grinçant sur l'équipe de France. Me voilà avec un sculpteur brésilien au visage buriné par les années et les épreuves. Je m'attendais à un florilège de jeux de mots. Voici d'autres mots. Bien plus beaux.

Eva

 

 

SCULPTEUR DE L'AME

 

Une belle journée de fin septembre 2007, les travaux de la place de la Vache Noire à Arcueil (94) s’achèvent, de façon festive, aux rythmes de la batucada des élèves des écoles voisines. C’est le Brésil qui est à l’honneur aujourd’hui avec l’inauguration d'une sculpture de Frans Krajcberg, en présence de l’artiste, inauguration suivie d’une exposition qui lui était également consacrée.

Statue de Frans Krajcberg, place de la Vache-Noire (Arcueil, 94)

Statue de Frans Krajcberg, place de la Vache-Noire (Arcueil, 94)

Quelle chance ai-je eu ce jour-là de pouvoir partager avec ce sculpteur engagé, dont la mise en perspective de ses œuvres, par ses mots a eu, pour moi, quelque chose de révélateur.

Car la vie de Frans Krajcberg est à elle-seule un condensé de XXème siècle fait de souffrance, d'initiative et d’engagement.

 

Souffrance pour ce Juif polonais, né en Kozienice en 1921, qui perd toute sa famille dans l’Holocauste. Elément brillant, ingénieur étudiant simultanément les Beaux-Arts, il rejoint après-guerre l’atelier Willy Baumeister (un des maîtres du Bauhaus) pour se former aux techniques des grands mouvements de l’Art Moderne. Passé par Paris où il réside successivement chez Fernand Léger et Chagall, c’est sur les conseils de ce dernier qu’il part s'installer au Brésil en 1947.

Après avoir vécu quelques années à Rio, il part en 1952 s'installer en plein milieu de la forêt, dans l'Etat du Parana, pour s’éloigner de la barbarie des hommes, mais c'est une autre barbarie dont il sera témoin, celle faite à la nature avec la déforestation.

 

« Les arbres étaient comme les hommes calcinés pendant la guerre. Je n’ai pas supporté »

 

Photo : 42 – Frans Krajcberg

Photo : 42 – Frans Krajcberg

Il obtient la nationalité brésilienne en 1956. S'illustrant en 1957 en remportant le prix du meilleur peintre brésilien. Allergique à la térébenthine, il arrête progressivement la peinture pour se consacrer à la photo et à la sculpture.

 

Son œuvre principale part d'un engagement, quand, en 1964 il part s'installer à Nova Viçosa, dans l’Etat de Bahia, dans une maison construite dans un arbre. La déforestation, de plus en plus intensive, fait évoluer son travail vers le bois. Il se met à sculpter des troncs d'arbres calcinés, comme témoignage des événements qui se déroulent sous ses yeux.

Sculpture 59 – Frans Krajcberg

Sculpture 59 – Frans Krajcberg

Sculpture 49 – Franc Krajcberg

Sculpture 49 – Franc Krajcberg

Frans Krajcberg met la Nature au cœur de sa vie de citoyen engagé, en éditant avec Pierre Restany (plus grand critique d’art français de l’après-guerre), Le Manifeste du Naturalisme Intégral (1978 et réédité 2012). Le principe en est simple, mais essentiel : se servir de l’esprit critique de l’art pour promouvoir La Nature en appelant le monde à ne pas la piller.

 

« Le naturalisme comme discipline de la pensée et de la conscience perceptive est un programme ambitieux et exigeant, qui dépasse de loin les perspectives écologiques actuellement balbutiantes. Il s’agit de lutter beaucoup plus contre la pollution subjective que contre la pollution objective, la pollution des sens et du cerveau »

 

Je fus touché en plein cœur par la rencontre avec cet homme, d'un âge pourtant déjà avancé, qui nous parlait de son combat avec ce regard et ses mots remplis de révolte envers les dégâts qui continuent d'être exercés encore à l'heure actuelle. Et c’est cette même révolte qui s’est manifesté ces derniers jours dans les rue de Brasilia par les indiens du Brésil, dont leur avenir se joue en Amazonie… et le nôtre aussi. 

L'homme et les arbres

Plusieurs fois distingué en tant que citoyen et artiste en France et au Brésil,  un espace lui est consacré à Paris dans son atelier (21 avenue du Maine, 75015 Paris).

Jérôme

 

Guillaume 19/06/2014 18:16

MA-GNI-FIQUE

Squirelito 19/06/2014 18:09

En tant qu'écureuil arboricole, je déclare officiellement Jérôme Patte "Panache d'or" pour ce superbe billet !