Nice-Matin mon amour...

par roqueeva  -  22 Août 2014, 16:42

Nice-Matin mon amour...

C'est un classeur blanc. Des feuilles plastifiées dans lesquelles j'ai glissé des articles, des photos, des diplômes... Un bout de vie qui résiste aux déménagements. Aux changements. Aux intempéries de l'existence.

Le papier a à peine jauni. Une page A4 noir et blanc. Avec ma photo. J'ai 15 ans et je pose à côté d'une journaliste de Nice-Matin. Page 2 du quotidien. J'ai 15 ans et pour la première fois, mes mots sont imprimés sur un journal. Une critique d'un film roumain vu dans le cadre d'un festival de cinéma réservé aux lycéens. Je me souviens encore de la journaliste me proposant de changer une virgule et d'enlever une répétition. Je me souviens avoir souri. Avoir dit "évidemment". Avoir souri encore le lendemain en découvrant que la critique avait été publiée en intégralité.

 

Quelques pages plus loin, dans le même exemplaire, mon nom apparaissait en petit. Résultat du cross départemental.

Ce numéro de Nice-Matin est là. Sous plastique. Sous mes yeux. Moi, la bordélique. Incapable de ranger mes feuilles de paye...

C'était ça pour moi Nice-Matin. Un quotidien grand format dans lequel je découvrais mon classement. Un objet mythifié dans le sud de la France. Un objet du quotidien. Celui que l'on ne parvenait pas à lire dans l'avion, mais au bar. Le journal de mes grands parents. Souvenir de mon grand-père devant son Nice-Matin ouvert sur la table du salon.

 

Cinq ans plus tard, Nice-Matin devenait mon employeur. Le lieu de mon premier stage en presse écrite aux côtés de gens qui m'ont laissé écrire. M'ont appris à ouvrir les yeux sur mes "voisins". M'ont appris surtout à servir la vie locale. A devenir une "passante", créer du lien social entre citoyens.

Nice-Matin, ce fut ensuite dix ans de ma vie.

Des amis. Une famille

Un amour pour ce métier.

Avec des coups de gueules, des coups de coeur, des heures et des heures de boulot. Des jours de congé qui changent d'une semaine à l'autre...

Et cette impression de servir à quelque chose.

Dix ans de ma vie.

Une vie intense.

J'ai appris. Le droit administratif et la gestion du domaine public. Les associations d'anciens combattants. La gestion des émotions. J'ai connu la salle des pas perdus, le tribunal correctionnel. Les commissariats. Les salles des fêtes et les salles des conseils municipaux. Les artères des villes. Les cafés quand le voisin de table lit ton papier. Tu la ramènes pas, non... Tu la ramènes pas.

J'ai appris à aimer des gens différents. J'ai découvert la voile et le jazz.

Un enrichissement quotidien. La meilleure école de journalisme.

 

En décembre 2005, je prenais une décision.

Celle de partir pour la capitale.

Un départ difficile.

Je quittais ma première "maison". Ma famille. Mes familles.

Mesurant mon attachement à ce journal.

Cet attachement, aujourd'hui, est intact.

 

Il y a quelques jours, dans les rues du vieux Nice, à deux reprises, des passants m'ont dit "mais si, vous savez bien c'était marqué dans Nice-Matin".

Et à chaque fois, la même émotion.

 

Alors je vais sortir mon carnet de chèque.

Pour que perdure ce journal. Pour que ma famille ne se disloque pas.

Pour que les copains ne se soient pas mis à poil pour rien.

Ce geste, je le fais à contre-coeur. Je suis même en colère pour être totalement honnête.

Mais ma colère attendra pour exploser.

Parce que l'urgence aujourd'hui, c'est que Nice-Matin rythme encore la vie de milliers de personnes. Parce qu'une région ne peut être privée d'informations.

Et parce que, définitivement, le seul quotidien du sud doit  survivre à cette tempête économique.

 

PS : Les salariés ont décidé de lancer une souscription. Ils ont besoin de vous.

 

marco 22/08/2014 18:35

billet plein d'émotions...tu n'oublies pas d'où tu viens et ta reconnaissance t'honore...

Eva 22/08/2014 20:36

Merci Marco !!