Des grains de sable entre les pages

par roqueeva  -  16 Août 2015, 18:29

Des grains de sable entre les pages

C'est ça les vacances.

Du temps.

Beaucoup de temps.

Du soleil sur la peau.

Du sable.

Des grains de sable qui s'incrustent entre les pages.

Des pages et des pages pour des voyages.

 

5 livres, 5 trips.

Cinq raisons de se réjouir.

Cinq moments de plaisir.

 

Vivre cent jours en un - Philippe Broussard

Tout a commencé avec ce roman - récit - enquête - biographie. Connaître ou pas Billie Holiday. L'aimer ou pas. Qu'importe. Philippe Broussard nous emmène au coeur de Paris en 1958 dans un miniscule club de jazz disparu depuis, le Mars Club. Lady Day y chante tous les soirs. Devant Sagan, Bardot, Duke Ellington. Voilà pour le décor, le cadre du récit. Des témoins de cette époque, il y en a. Peu. Eparpillés dans le monde. Entre l'Italie et les Etats-Unis. Philippe Broussard, journaliste de métier, part à leur rencontre, reconstitue le parcours de Billie. Sa vie et ces jours à Paris.

Billie. Le jazz. Un destin. Etre noire dans une Amérique blanche. La drogue. La musique. L'amour. Se perdre dans la nuit. Vivre.

Avec la voix de Billie crachant sur ma platine, j'ai savouré chaque page, chaque mot, chaque formule. Je n'ai pas dévoré le livre. Non. Je me suis retenue. Pour l'apprécier comme un mets exquis. Je l'ai refermé en me disant : "si ce voyage pouvait continuer".

Et surtout : "Comme j'aurai aimé avoir écrit ce récit".

 

Latex - Laurent Schweizer

Le voyage a continué. Londres. La Suisse. Capri.

Un milliardaire tué par sa maîtresse lors d'une séance sado-masochiste. Un narrateur, ancien avocat, qui se retrouve mêlé aux protagonistes de cette affaire. Et embarqué dans un huis-clos où sexe, drogue et violence rythment les journées.

Un récit troublant. Perturbant. Noir. Violent. Aux accents pasoliniens. Une écriture ciselée grâce à des descriptions extrêmement précises. Ca monte en puissance au fil des pages. Comme un long gémissement. Comme une drogue envahissant le corps et le cerveau.

J'ai pensé aux écrits de Bret Easton Ellis. A ce style exigeant. Ces mots qui frappent. Dérangent.

Latex, c'est une atmosphère parfois étouffante qui m'a hantée plusieurs jours durant. Et envahi mes nuits...

 

Le bruit de la douche - David Desgouilles

New York - Paris.

On appelle ça une uchronie. Et si ça ne s'était pas passé comme ça ?

Si Nafissatou Diallo était sortie de la suite du Sofitel après avoir entendu DSK prendre sa douche, sans se faire remarquer ?

La suite ? Une scénario savoureux tellement réaliste qu'on en oublierait presque que tout ça n'est que pure imagination. A se demander toutefois si en 2017 quelques éléments évoqués ne seront pas des parcelles de vérité. DSK président, un conflit avec l'Allemagne de Merkel, le retour au franc... Et en coulisse, des conseillers qui tirent les ficelles du pouvoir.

C'est d'ailleurs un des intérêts du livre : dévoiler l'envers du décor. Celui des hommes et des femmes de l'ombre qui élaborent les politiques à venir. David Desgouilles est bloggeur et a cotoyé les partis politiques. Cet univers impitoyable, il le connaît par coeur. Ses analyses sont fondées. Contestables sans doute, mais fondées. Les protagonistes connus. Ou pas. Certains se sont reconnus, c'est une évidence.

En 2017, je rouvrirai ce livre. Le relirai. Et sourirai. J'en suis certaine.

 

La ballade d'Hester Day - Mercedes Helnwein

Vamos les Etats-Unis...

Sur un transat, j'ai voyagé. Avec Hester Day, 18 ans, Fenton son mari (oui, oui mais bon c'est pas un vrai vrai mariage) et Jethro, son cousin âgé de 10 ans. Tous les trois dans une caravane. Pour une chevauchée fantastique dans l'Amérique profonde. Drôle, enlevé, plus philosophique qu'il n'y paraît, ce récit enchante. Un bol d'air. Avec des expressions à vous faire éclater de rire. Et c'est tellement rare de rire de bon coeur en lisant un livre.

De l'émotion aussi. Parce qu'elle est attachante Hester Day. Atta-chiante surtout. A travers elle, il s'agit de la fin de l'adolescence, l'entrée dans l'âge adulte avec ses aspirations, ses envies, les révoltes fondatrices et fondamentales contre les parents (très très cons dans ce cas de figure), et ce besoin de se construire.

Un doux moment avec le soleil sur la peau que j'aurai volontiers prolongé.

 

L'éveil de Mademoiselle Prim - Natalia Sanmartin Fenollera

Un village ailleurs. Je ne sais où. Une sorte de communauté utopique où les habitants ne ferment jamais leur porte, où il y a toujours un verre de vin, un chocolat, un thé ou un café et des gâteaux à déguster à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Et Mademoiselle Prim. Bibliothécaire qui débarque chez l'homme au fauteuil, un gentleman érudit élevant seuls quatre enfants. Elle, paraît bien coincée dans ce nouveau monde. Physiquement. Intellectuellement. Au fil des jours, et des diatribes avec son employeur, elle apprend, se construit, voyage dans un paradis dans lequel il est question de simplicité, de littérature, d'arts...

"Connais toi toi-même" comme il est inscrit sur le fronton du temple de Delphes, c'est un peu la philosophie du roman. Et surtout  : "Une vie sans examen ne vaut d'être vécue" - Socrate.

J'ai refermé le livre. Un ultime voyage. Et cette impression d'avoir encore un peu avancé. Vers quoi ? Vers où ? Qu'importe.

 

 

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Mum 17/08/2015 10:03

J'ai dévoré tes commentaires! Bravissimo!