Ce jour où j'ai pleuré pour un inconnu

par roqueeva  -  22 Juin 2016, 18:03

Ce jour où j'ai pleuré pour un inconnu

C'était le temps où Twitter n'existait pas. Où France Info n'était pas encore née.

C'était le temps où on se tenait au courant de l'état du monde en lisant les journaux et en regardant le 20h.

C'était un 19 juin 1986, à la sortie du collège.

Rituel immuable que celui de parcourir quelques centaines de mètres à pied pour rentrer. Goûter. Bosser. Un peu. Et mater la télé. Beaucoup. Pas d'écran géant dans le salon. Juste une télé boîtier grisonnant  installée dans la chambre parentale.

 

C'était le temps où quand un événement grave se produisait, un message apparaissait en bas de l'image avec la mention "Plus d'informations dans quelques minutes". 

 

C'était un 19 juin 1986 dans la chambre de mes parents.

Une phrase sybilline a défilé. "Coluche est mort dans un accident de moto à Biot. Plus d'informations dans quelques minutes".

Biot, à peine une quinzaine de kilomètres d'ici.

Coluche. Accident. Mort.

Les minutes qui ont suivi ressemblent à un trou noir. Pas de souvenirs. Rien.

Ma mère a dit récemment : "Tu as tellement pleuré. Tu étais inconsolable". 

Je croyais m'être cachée pourtant. Je pensais avoir ravalé ces larmes pour cet inconnu si connu. C'est idiot de pleurer pour un mec qu'on connaît pas. Qui n'a jamais fait partie de ta vie. Que t'as jamais rencontré.

Et pourtant...

Peut-être que Coluche m'avait fait grandir. M'avait permis de développer mon sens critique. M'avait offert un autre regard sur la société. Il me parlait politique, égalité/inégalité, solidarité, fraternité. Je riais, m'indignais, protestais au rythme de ses sketches et autres apparitions télé.

 

Un jour de 2010, je débarquais rue François 1er. Europe 1. Studio Coluche.

Comme l'ado que j'étais il y a 30 ans, j'ai pris une photo de la plaque portant son nom à l'entrée de ce lieu dans lequel son ombre plane. Aujourd'hui encore, mon émotion est la même dans ce couloir feutré.

J'entends sa voix, son rire, ses agacements, et "Le temps des cerises" joué avec des gants sur un violon.