Du hand et des lunettes

par roqueeva  -  18 Août 2016, 10:05

Du hand et des lunettes

Avec Caro, on ne se connaît pas. En vrai, je veux dire. Juste une relation twittesque quasi quotidienne. Parce que Caro est une fan d'Europe 1. Prenez-en de la graine !

Ce que je sais d'elle : elle a deux enfants, une radio collée à l'oreille, beaucoup de bienveillance, travaille dans un magasin d'optique, adore le sport à la télé et commenter sur les réseaux sociaux. Et voilà sa bafouille, une tranche de vie comme je les aime. Bienvenue dans la dream team Caro !

 

La bafouille de Caro (@Mumtaupe sur Twitter)

Je suis une grande sportive de canapé.

Si, si vous savez de celle qui ne loupe pas une grande compétition sportive dès qu'elle est diffusée dans ma boîte à troubadour (désolée pour la référence aux Visiteurs, on a la culture qu'on peut !).
Ca va du biathlon au tennis en passant par le cyclisme ou l'athlétisme. Tout y passe. Alors les JO pensez bien c'est l’occasion parfaite, une fois tous les quatre ans, de découvrir de nouvelles disciplines et d'encourager de mon canapé et sur les réseaux sociaux tous ces champions souvent anonymes, de ressentir cette adrénaline en courant, sautant, nageant, jouant comme si j'étais avec eux. D'être émue aux larmes quand la Marseillaise retentit dans le stade, la piscine ou le dojo, j'y peux rien j'ai un côté très chauvin dans ces moments-là.

Des émotions intenses, de celles que seul le sport et surtout les JO peuvent vous offrir il m'en vient plusieurs à l'esprit.
Pêle-mêle : David Douillet qui me paraît être presque un géant quand il explose de joie en conservant son titre à Sydney. Jean Galfione caché derrière sa serviette pour ne pas voir son adversaire sauter en 1996. Laure Manaudou qui court dans les bras de Florent après la victoire de celui-ci sur le 50m nage libre à Londres. Tony Estanguet qui arrête sa carrière sur une médaille d'or. Marie José Perec et ses jambes de folie, jamais un 400m m'a paru si long que celui de Barcelone.

Si je devais retenir un seul souvenir, forcement ce serait lié au handball. J'ai une véritable passion pour ce sport transmise par ma sœur.

Nous sommes le 8 août 2012, il est approximativement 15h et je suis seule au magasin.  Heureusement dans mon petit bourg creusois en plein mois d'août, les clients se bousculent pas. J'ai les yeux rivés à mon écran d'ordinateur.
Les Experts rentrent sur le parquet pour une place en demie finale. Mais avant le dernier carré, il va falloir battre les redoutables Espagnols.
Et c'est eux qui ouvrent le score à la première minute et mènent très vite 3-0. Les Bleus balbutient leur hand comme rarement ces dernières années. Ce match est mauvais, les tirs de c'ptaine Fernand butent sur un gardien en état de grâce, Barachet et consort tapent sur les poteaux, Omeyer n'est pas le rempart habituel, même la star Karabatic ne pèse pas sur le match comme à son habitude.
Mais la magie de cette équipe, c'est que malgré un début de match catastrophique les Experts ne basculent à la mi-temps qu'avec trois buts de retard.
Tout est encore possible ! (en relisant mes tweets de ce jour-là j'étais quand même un peu moins optimiste).
Pas un client n'a franchi la porte pendant ces 30 min, ouf ! Je suis dans un état de stress terrible, mes ongles de la main droite n'ont pas survécu à cette première période et il en reste encore une.

On  attaque la deuxième mi-temps et les Experts sans être extraordinaires se maintiennent à deux ou trois buts derrière les Espagnols et leur gardien stratosphérique. Et enfin à la 45ème minute, on y est 17-17, les gamins de l'équipe de France ramènent les Bleus à égalité.
Sur ma chaise je saute, je trépigne, j'applaudis, je cris. Je ne pense pas au fait qu'un passant puisse me voir à travers la vitre, ni qu'un client entre.
Commence le show Accambray. Trois buts à la suite, et voilà les Experts qui mènent 20 à 17.
Je me souviens avoir crié : « Allez William » à ce moment. Ce même moment où un touriste égaré a poussé la porte du magasin tenant dans ses mains sa paire de lunettes en deux morceaux ! Quand je vous dis que les lunettes ne sont pas des coussins, surtout quand les handballeurs jouent.


Dans la précipitation à me lever pour le renseigner, je n'arrive pas à couper le son du PC et il profite donc des hurlements des commentateurs comme musique d’accueil. Avec un grand sourire, il me dit : «Oh vous regardez le hand. Je venais pour mes lunettes, mais est-ce que je peux regarder la fin du match avec vous ? Il n'y a pas la télé dans notre gîte ».
Mais bien sur monsieur !

Je mets un tabouret à côté de ma chaise face à l'écran et on vit à deux les dix dernières minutes de folie de ce match. Les Espagnols qui reviennent à un but à moins de cinq minutes de la fin puis cette égalisation 22-22. Mon client, qui n'en est pas vraiment un du coup, est aussi tendu que moi. Il se frotte les mains frénétiquement en répétant « ils peuvent pas perdre, c'est pas possible, ils peuvent pas perdre ». Moi je crois que je ne peux même plus parler, et il y a bien longtemps que je n'ai plus d'ongle non plus sur la main gauche.
Un temps mort de Claude Onesta juste avant la dernière possession française et c'est parti pour 40 secondes de folie. Karabatic tire, le gardien espagnol repousse, Accambray reprend au vol et envoie le ballon dans les filets et la France en demie finale !
Dans le magasin on bondit l'un comme l'autre de nos sièges avant de se regarder, de rigoler et de se taper dans les mains comme deux gosses, moi l'opticienne de 28 ans, lui le vacancier de plus de 60 ans.

 

J'avoue ne plus me souvenir, comment s'appelait mon client, ni n'avoir pu réparer ses lunettes mais pourtant il restera un de mes plus grands souvenirs de mes années dans ces murs.
En partant avec une paire de lunettes de secours, il m'a dit avec un clin d’œil : « prévoyez-moi un tabouret, je pourrai bien le casser le jour de la demie finale » et de rajouter « le hand est un sport qui se joue à sept contre sept et à la fin c'est toujours les Français qui gagnent ».
Il avait raison, certes je ne l’ai pas revu pour la demie finale, mais les Experts eux ont gagné face à la Croatie avant de conserver leur titre en battant en finale la Suède.

Ils l'ont fait, encore une fois, ils sont CHAMPIONS OLYMPIQUE !

PS : Caro, merci d'avoir réussi à nous faire revivre avec intensité ce moment. Je porte des lunettes mais j'ai bien compris qu'il fallait que j'évite de les casser pendant les JO, et surtout pendant un match. Et j'espère que les handballeurs version 2016 vont lire ce post pour réitérer l'exploit.