La fille d'Ipanema

par roqueeva  -  7 Août 2016, 14:12

La fille d'Ipanema

Tout commence par une histoire.

Une de ces légendes qui alimente les anthologies consacrées à la musique.

En 1962, dans un minuscule bar de Rio, le Veloso, Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes étanchent leur soif avec quelques bières. Dans la chaleur brésilienne, ils regardent le monde et le temps passer. A quelques mètres de là, le sable doré de la plage d'Ipanema s'étend sur des kilomètres.

Doré comme la peau des Cariocas qui de leur allure nonchalante défilent sous les yeux des deux artistes. Helo Pinheiro a 17 ans. Elle quitte parfois son costume d'étudiante pour une tenue plus légère. Elle est belle. Très belle. Inspirante aussi. Jobim et Moraes imaginent une chanson sur cette jeune fille provocatrice d'émotions : "A garota de Ipanema" avec son "balancement qui est plus qu'un poème" avoue Jobim.

Le titre est traduit en anglais, deux ans plus tard, repris notamment par Stan Getz. Et s'impose surtout comme un standard de la bossa nova. Un hit repris dans le monde entier, plus de 300 fois.

 

Depuis, le petit bar est devenu un restaurant rebaptisé Garota de Ipanema évidemment. Les touristes s'y pressent pour déguster de l'excellente viande, pour y voir aussi les photos en noir et blanc témoignant de cette histoire. 

Vendredi. 14 heures. Avec trois autres journalistes et notre guide, nous avons dévoré notre plat de viande, le manioc, les frites, partagé un flan en dessert et bu une caïpihrina. Dans le brouhaha du restaurant, une autre agitation est venue troubler notre après-midi. Une très belle femme, élancée, blonde est apparue. Chic. Plus que les autres Cariocas. Notre guide s'est levé d'un coup, s'est dirigé dans sa direction, avant de revenir et de me dire, non sans émotion "c'est elle. C'est Helo. La girl from Ipanema".

 

A 71 ans, celle qui entre temps a endossé une carrière de mannequin et styliste, affiche un physique de rêve. Sourit aux passants, accepte toutes les sollicitations des gens qui la reconnaissent. Quelques heures avant notre rencontre, elle portait la flamme olympique. 

Helo revient rarement dans ce lieu. Un pèlerinage qui lui permet juste d'autoalimenter la légende et sa notoriété. La croiser n'était pas de l'ordre du miracle mais d'une heureuse coïncidence. Emouvante. Troublante même. L'héroïne de cette chanson que je portais depuis des jours était devant moi. Et moi j'étais figée. Bien incapable d'aller lui poser une question.

Qu'importe.

Depuis trois jours je sifflote "Girl from Ipanema" avec le visage d'Helo dans un coin de ma tête.

Et je souris.